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06.11.2008

Obama président. Pas un rêve, un mirage...

« Je ne peux m’empêcher de penser combien mon père serait fier, fier de Barak Obama, fier du parti qui l’a nommé et fier de l’Amérique qui va l’élire ». Ces paroles ont été prononcées par le fils de Martin Luther King lors du 45ème anniversaire du discours « I have a dream ». En effet, à cette époque, le célèbre pasteur n’aurait jamais osé imaginer qu’un jour, un Noir briguerait la plus haute instance de la nation la plus puissante du monde.

Le pasteur Martin Luther King aurait eu raison d’être fier, car s’il n’avait pas existé, si Malcolm n’avait pas existé, si les luttes pour les droits civiques n’avaient pas existé, Obama n’existerait pas. Comme Luther King, nous, indigènes de France ou du monde, ne pouvons nous empêcher d’être fiers. Qu’Obama soit là où il est, est indéniablement un évènement à l’échelle américaine, mais aussi à l’échelle mondiale.

Pourtant, nous savons qui est Obama. Un homme de l’establishment américain. Même s’il nous tarde de voir Bush et consort dégager, nous savons qu’Obama poursuivra la politique impérialiste de son pays. Il serait en effet naïf de croire que le système américain et ses institutions permettent à quiconque l’accès à un tel niveau de pouvoir s’il ne leur est pas acquis. Comme le dit ce frère africain sur le blog de L’Express (13/06/08) : « Pour moi, Obama est américain avant d’être noir et en tant que tel il anéantira les Africain, les Irakiens, les Palestiniens, etc., s’il le faut pour le bien être des Occidentaux ». Les Irakiens et les Afghans savent intimement qui sont les Colin Powel et Condoleeza Rice. Nous ne pouvons ignorer ce que Obama sera.

Alors pourquoi, nous indigènes, sommes-nous si fiers ? Pourquoi, nous indigènes, avons-nous, quand même, le sentiment qu’Obama nous représente ?

Pourquoi, alors que nous savons qu’Obama prendra soin de défendre le système américain, construit sur la destruction des Indiens, l’esclavage des Noirs, le pillage incessant de l’Afrique, avons-nous pourtant le sentiment qu’il représente cette même Afrique dévastée par les impérialismes ? Qu’est-ce qui nous brûle la bouche au point de détourner pudiquement nos regards de ce champ de bataille que ne cesse d’être l’Afrique où s’affrontent les puissances américaines, européennes et chinoises ? Comment notre cerveau peut-il faire abstraction de ces fleuves de sang qui vont continuer de couler chez nous en Amérique latine, chez nous dans le monde arabo-musulman, chez nous dans notre terre ancestrale, de l’autre côté de la Méditerranée ?

La réponse est douloureuse : nous sommes fascinés par cette puissance même qui nous a soumis et nous réclamons notre part de cette puissance. Nous sommes fascinés par le G8, nous sommes fascinés par le Conseil de sécurité, par leur modernité et donc par celui qui va l’incarner pour nous. Obama président des States, c’est moi, c’est toi qui dirige le monde. Désormais, on fait partie de la race des seigneurs. Cet état de fait est au cœur de notre impuissance à nous libérer de la suprématie occidentale. Elle est constitutive de ce que nous sommes, nous la protégeons. Nous sommes ses sentinelles.

Obama, c’est notre triste revanche sur l’histoire. J’ai pitié de nous. Voyez comment Ils, les Blancs, nous regardent d’un œil satisfait et sarcastique !

Une à qui on ne la fait pas, c’est Angela Davis : « Quand l’intégration de personnes noires dans l’appareil d’oppression a pour but de rendre cette oppression plus efficace, cela ne représente en aucune façon un progrès. Nous avons plus de Noirs dans des postes de pouvoirs prestigieux. Mais du même coup nous avons plus de Noirs qui se sont retrouvés poussés tout en bas de l’échelle. Quand la population demande que la justice et l’égalité passent par la diversité ethnique, c’est bien. Mais il y a une façon d’envisager la diversité qui rappelle l’adage selon lequel « pour que rien ne change, il faut accepter que tout change ». »

Lalla Fatma M’msemer

Cet article est paru dans le numéro treize (octobre 2008) de "L’Indigène de la république".

30.10.2008

Abou Ghraib - Standard Operating Procedure

Début 2004, le monde entier découvre avec stupéfaction les photos qui prouvent les mauvais traitements et les infamies dont ont été victimes des prisonniers iraquiens détenus à la prison américaine d'Abu Ghraib. Pendant deux ans, Errol Morris a enquêté pour découvrir ce qui s'est vraiment passé là-bas durant l'automne 2003. Grâce aux photos prises par les soldats, aux témoignages de plusieurs spécialistes et de personnes parfois directement impliquées dans cette affaire, Errol Morris a reconstitué la chronologie des faits et étudié le contexte qui a conduit à ces extrémités. Interview après interview, photo après photo, l'affaire des tortures d'Abu Ghraib prend une dimension bien plus vaste et beaucoup plus dérangeante que celle brossée par les médias. Même si les soldats pris en photo en train d'humilier et de torturer les prisonniers iraquiens ont été condamnés, étaient-ils les seuls coupables ? Pourquoi aucun gradé n'a-t-il jamais été mis en cause ? Qui est vraiment responsable ?

22.08.2008

Immigration : Israël ne veut plus des falashas

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C’est un reportage diffusé sur TV5 qui nous apprend la situation conflictuelle entre les falashas, juifs d’Ethiopie, et les autorités israéliennes. Ces dernières ont décidé d’interdire l’immigration à ces populations désireuses de retrouver la terre promise.

La semaine dernière, les Falashas étaient plusieurs centaines à manifester dans les rues de Jérusalem, en signe de protestation contre la décision du gouvernement concernant le retour sur la terre promise des juifs éthiopiens.

Le gouvernement de Tel-Aviv a annoncé mercredi dernier qu’il mettait fin au programme d’immigration des juifs d’origine africaine (essentiellement éthiopienne). Cette décision ne respecte pas les quotas d’immigration arrêtés en 2003 et est fortement critiquée par certains mouvement sionistes. Ces derniers estiment à environ 80 000 le nombre d'éthiopiens d’origine juive, encore en Ethiopie, en attente de leur retour en terre promise.

Selon la loi juive, « personne ne peut priver un descendant d’Abraham de jouir du droit du retour sur la terre des ancêtres, le retour en Palestine, en terre promise. » Le Grand Rabbin avait été pourtant catégorique au sujet des juifs éthiopiens : « ils ont le sang du patriarche d’Abraham dans leurs veines. »

Appuyés par la communauté chrétienne, les mouvements sionistes ont qualifié de « crime envers le sionisme » la décision d’imposer une loi interdisant le retour à la terre sainte et ont demandé au gouvernement de ne pas appliquer cette mesure.

En d’autres thermes, la judéité des éthiopiens n’est plus reconnue par les élus israéliens. Rappelons que de nombreux falashas avaient déjà été rapatriés en Israël dans les années 1980 avec l’opération Moshe suivie de l’opération Salomon. Et que d'autres restent en attente de regagner leur terre sainte et de rejoindre leur famille déjà sur place.

19.07.2008

CHINE-JO • Les Noirs interdits de bistrot à Pékin

8cf78ad3124fb073b8c2e2698a71f30e.jpgA quelques semaines du lancement de la grand-messe olympique, la lutte contre les "fauteurs de troubles" potentiels s'amplifie. A Pékin, des propriétaires de bars viennent de recevoir l'ordre de ne plus servir les Noirs.

En contradiction avec le slogan officiel des Jeux – One World, One Dream –, les autorités chinoises préparent secrètement l'interdiction d'entrée dans les bars de la capitale aux Noirs et aux autres populations "socialement indésirables".

Les propriétaires de bars situés dans le centre de Pékin ont déclaré au quotidien South China Morning Post qu'ils avaient dû, sous la contrainte du Bureau de la sécurité publique, signer un document dans lequel ils promettaient de ne pas laisser entrer les Noirs dans leurs établissements.

"Des responsables du Bureau de la sécurité publique sont venus ces jours-ci, en civil, pour me demander de ne pas servir les Noirs et les Mongols", a déclaré au journaliste du South China Morning Post le copropriétaire d'un bar au style occidental qui a souhaité conserver l'anonymat. Selon les propriétaires de ce bar, les autorités de la capitale sévissent contre les Noirs et les Mongols afin de réprimer le trafic de drogue et la prostitution à la veille des Jeux.

Quelques mois auparavant, la police pékinoise avait lancé une opération d'envergure contre les Noirs, habitués des bars du district de Sanlitun, le quartier des expatriés de Pékin où se concentrent les bars occidentaux.

Le document qu'ont dû signer les tenanciers de bars de Sanlitun ne se limitait pas à l'interdiction de servir les Noirs ; ils devaient également promettre de suspendre, le temps des Jeux, certaines activités telles que la danse ou les concerts. Ils ont pu conserver des copies de ce document, à l'exception des pages concernant l'interdiction de servir les Noirs. Les autorités se méfieraient des accusations de racisme que pourrait déclencher la révélation de telles mesures.

Au cours des dernières décennies, la présence de Noirs dans les grandes villes du pays a suscité des réactions violentes de la part des Chinois. Régulièrement, des manifestations réunissant des centaines de milliers de personnes sont organisées pour protester contre la présence des étudiants africains. On reproche à ces derniers de sortir avec de jeunes Chinoises.

"Le gouvernement local tente de contrôler tous les aspects de ce que vont vivre les étrangers pendant les Jeux", a déclaré au South China Morning Post David Mitchell, un musicien de jazz résidant à Pékin, pour qui il devient de plus en plus difficile de trouver des lieux de concert dans la capitale. "Tout vise à créer l'impression d'une stabilité sociale, mais ils ne comprennent pas que cette impression de stabilité est précisément le préjugé, d'ailleurs infondé, que les étrangers ont sur la société chinoise, celui d'une société totalement contrôlée et qui n'a pas vraiment de vie culturelle".

Céline Allemand

19.05.2008

Jean Ziegler : "Nous allons vers une reféodalisation du monde"


Dans son nouvel essai, L'Empire de la honte (Fayard), qui paraît le 10 mars, le sociologue et intellectuel subversif genevois - aujourd'hui rapporteur spécial sur le droit à l'alimentation de la commission de l'ONU pour les droits de l'homme - part à l'attaque des "sociétés transcontinentales privées". Accusées d'entretenir la famine, de détruire la nature et de subvertir la démocratie, elles étendent leur emprise sur le monde et veulent réduire à néant les conquêtes des Lumières. Pour leur résister, il faut retrouver l'esprit de la Révolution française et relever la tête, comme le fait déjà au Brésil le président Lula da Silva.


Votre livre s'intitule L'Empire de la honte. Quel est cet empire ? Pourquoi "de la honte" ? Quelle est cette honte?



Jean Ziegler : Dans les favelas du nord du Brésil, il arrive aux mères, le soir, de mettre de l'eau dans la marmite et d'y déposer des pierres. A leurs enfants qui pleurent de faim elles expliquent que "bientôt le repas sera prêt…", tout en espérant qu'entre-temps les enfants s'endormiront.
Mesure-t-on la honte éprouvée par une mère devant ses enfants martyrisés par la faim et qu'elle est incapable de nourrir?
Or l'ordre meurtrier du monde - qui tue de faim et d'épidémie 100 000 personnes par jour - ne provoque pas seulement la honte chez ses victimes, mais aussi chez nous, Occidentaux, Blancs, dominateurs, qui sommes complices de cette hécatombe, conscients, informés et, pourtant, silencieux, lâches et paralysés.
L'empire de la honte? Ce pourrait être cette emprise généralisée du sentiment de honte provoqué par l'inhumanité de l'ordre du monde. En fait, il désigne l'empire des entreprises transcontinentales privées, dirigées par les cosmocrates. Les 500 plus puissantes d'entre elles ont contrôlé l'an passé 52 % du produit mondial brut, c'est-à-dire de toutes les richesses produites sur la planète.

Dans votre livre, vous parlez d'une "violence structurelle". Qu'entendez-vous par là ?



Jean Ziegler : Dans l'empire de la honte, gouverné par la rareté organisée, la guerre n'est plus épisodique, elle est permanente. Elle ne constitue plus une crise, une pathologie, mais la normalité. Elle n'équivaut plus à l'éclipse de la raison - comme le disait Horkheimer -, elle est raison d'être même de l'empire. Les seigneurs de la guerre économique ont mis la planète en coupe réglée. Ils attaquent le pouvoir normatif des Etats, contestent la souveraineté populaire, subvertissent la démocratie, ravagent la nature, détruisent les hommes et leurs libertés. La libéralisation de l'économie, la "main invisible" du marché sont leur cosmogonie ; la maximalisation du profit, leur pratique. J'appelle violence structurelle cette pratique et cette cosmogonie.


Parlez également d'une "agonie du droit". Que veut dire cette formule?



Jean Ziegler : Désormais, la guerre préventive sans fin, l'agressivité permanente des seigneurs, l'arbitraire, la violence structurelle règnent sans entraves. La plupart des barrières du droit international s'effondrent. L'ONU elle-même est exsangue. Les cosmocrates sont au-dessus de toute loi. Mon livre fait le récit de l'effondrement du droit international, citant de nombreux exemples tirés directement de mon expérience de rapporteur spécial des Nations unies pour le droit à l'alimentation.


Vous qualifiez la famine d'"arme de destruction massive". Quelles solutions préconisez-vous?



Jean Ziegler : Avec la dette, la faim est l'arme de destruction massive qui sert aux cosmocrates à broyer - et à exploiter - les peuples, notamment dans l'hémisphère Sud. Un ensemble complexe de mesures, immédiatement réalisable et que je décris dans le livre, pourrait rapidement mettre un terme à la faim. Il est impossible de les résumer en une phrase. Une chose est certaine : l'agriculture mondiale, dans l'état actuel de sa productivité, pourrait nourrir le double de l'humanité d'aujourd'hui. Il n'existe donc aucune fatalité: la faim est faite de main d'homme.

Certains pays sont écrasés, dites-vous, par une "dette odieuse". Qu'entendez-vous par "dette odieuse" et quelles solutions préconisez-vous ?



Jean Ziegler : Le Rwanda est une petite république paysanne de 26 000 km2, située sur la crête de l'Afrique centrale séparant les eaux du Nil et du Congo, et cultivant le thé et le café. D'avril à juin 1994, un génocide effroyable, organisé par le gouvernement hutu allié à la France de François Mitterrand, a provoqué la mort de plus de 800 000 hommes, femmes et enfants tutsis. Les machettes ayant servi au génocide ont été importées de Chine et d'Egypte, et financées, pour l'essentiel, par le Crédit Lyonnais. Aujourd'hui, les survivants, des paysans pauvres comme Job, doivent rembourser aux banques et aux gouvernements créanciers jusqu'aux crédits qui ont servi à l'achat des machettes des génocidaires. Voilà un exemple de dette odieuse. La solution passe par l'annulation immédiate et sans contrepartie ou, pour commencer, par un audit de celle-ci, comme le préconise l'Internationale socialiste ou comme l'a fait au Brésil le président Lula, pour ensuite la renégocier poste par poste. Dans chaque poste, il y a en effet des éléments délictueux – corruption, surfacturation, etc. - qui doivent être réduits. Des sociétés internationales d'audit, comme PriceWaterhouseCooper ou Ernst & Young, peuvent tout à fait s'en charger, comme elles se chargent, chaque année, de vérifier les comptes des multinationales.

Vous citez à plusieurs reprises le président Lula da Silva comme modèle. Qu'est-ce qui vous inspire cette considération dans son action?



Jean Ziegler : J'éprouve à la fois de l'admiration et de l'inquiétude en considérant les objectifs politiques et l'action du président Lula : de l'admiration parce qu'il est le premier président du Brésil à accepter de reconnaître que son pays compte 44 millions de citoyens gravement et en permanence sous-alimentés et à vouloir mettre un terme à cette situation inhumaine ; de l'inquiétude, aussi, parce qu'avec une dette extérieure de son pays de 235 milliards de dollars Lula n'a pas les moyens d'en finir avec cette situation.

Dans votre livre vous parlez également d'une "reféodalisation du monde". Qu'entendez-vous par là?



Jean Ziegler : Le 4 août 1789, les députés de l'Assemblée nationale française ont aboli le régime féodal. Leur action a eu un retentissement universel. Or, aujourd'hui, nous assistons à un formidable retour en arrière. Le 11 septembre 2001 n'a pas seulement fourni à George W. Bush l'occasion d'étendre l'emprise des Etats-Unis sur le monde, l'événement a aussi justifié la mise en coupe réglée des peuples de l'hémisphère Sud par les grandes sociétés transcontinentales privées.

Dans votre livre, vous faites très souvent référence à la Révolution française et à certains de ses protagonistes (Danton, Babeuf, Marat…) : en quoi estimez-vous qu'elle a encore quelque chose à apporter, deux siècles après et dans un monde bien différent?



Jean Ziegler : Lisez les textes! Le Manifeste des Enragés de Jacques Roux fixe l'horizon de tout combat pour la justice sociale planétaire. Les valeurs fondatrices de la république, mieux, de la civilisation tout court, datent de l'époque des Lumières. Or l'empire de la honte détruit jusqu'à l'espérance de la concrétisation de ces valeurs.


Dans votre livre, vous reprochez à la guerre globale contre le terrorisme de détourner des ressources nécessaires à d'autres combats plus importants, comme celui contre la faim. Pensez-vous que le terrorisme soit une fausse menace, cultivée par quelques Etats ? Si oui, qu'est-ce qui vous le fait penser ? Pensez-vous que cette menace n'est pas réelle ou qu'elle mérite un traitement différent?



Jean Ziegler : Le terrorisme d'Etat des Bush, Sharon, Poutine… est aussi détestable que le terrorisme groupusculaire du Djihad islamique ou d'autres fous sanguinaires de ce type. Ce sont les deux faces d'une même barbarie. Elles sont bien réelles l'une et l'autre, puisque Bush tue et que Ben Laden tue. Le problème est l'éradication du terrorisme : il ne peut se faire que par un bouleversement total de l'empire de la honte. La justice sociale planétaire seule pourra couper les djihadistes de leurs racines et priver les laquais des cosmocrates des prétextes de leurs ripostes.

En 2002, vous avez été nommé rapporteur spécial de l'ONU pour le droit à l'alimentation. Quelle réflexion avez-vous tiré de cette mission ?



Jean Ziegler : Mon mandat est passionnant : dans une totale indépendance - responsable devant l'Assemblée générale de l'ONU et la commission des droits de l'homme -, je dois rendre justiciable, par le droit statutaire ou conventionnel, un nouveau droit de l'homme : le droit à l'alimentation. C'est un travail de Sisyphe ! Il progresse millimètre par millimètre. Le lieu essentiel de ce combat, c'est la conscience collective. Longtemps, la destruction des êtres humains par la faim a été tolérée dans une sorte de normalité glacée. Aujourd'hui, elle est considérée comme intolérable. L'opinion fait pression sur les gouvernements et les organisations interétatiques (OMC, FMI, Banque mondiale, etc.) afin que des mesures élémentaires soient prises pour abattre l'ennemi : réforme agraire dans le tiers-monde, prix convenables payés pour les produits agricoles du Sud, rationalisation de l'aide humanitaires en cas de brusques catastrophes, fermeture de la Bourse des matières premières agricoles de Chicago, qui spécule à la hausse sur les principaux aliments, lutte contre la privatisation de l'eau potable, etc.

Dans votre livre, vous apparaissez comme un défenseur de la cause "altermondialiste", voire comme un porte-parole de ce mouvement. Comment se fait-il que vous interveniez si rarement dans les manifestations "alter" et que l'on ne vous considère généralement pas comme un intellectuel "alter" ?



Jean Ziegler : Comment donc ? J'ai parlé devant 20 000 personnes au "Gigantino" de Porto Alegre en janvier 2003. Je me sens comme un intellectuel organique de la nouvelle société civile planétaire, de ses multiples fronts de résistance, de cette formidable fraternité de la nuit. Mais je reste fidèle aux principes de l'analyse révolutionnaire de classe, à Jacques roux, Babeuf, Marat et Saint-Just.

Vous semblez attribuer tous les malheurs du monde aux multinationales et à une poignée d'Etats (Etats-Unis, Russie, Israël…) : n'est-ce pas un peu réducteur ?



Jean Ziegler : L'ordre du monde actuel n'est pas seulement meurtrier, il est également absurde. Il tue, détruit, massacre, mais il le fait sans autre nécessité que la recherche du profit maximal pour quelques cosmocrates mus par une obsession du pouvoir, une avidité illimitée.
Bush, Sharon, Poutine ? Des laquais, des auxiliaires. J'ajoute un post-scriptum sur Israël : Sharon n'est pas Israël. Il est sa perversion. Michael Warshavski, Lea Tselem, les "Rabbins pour les droits de l'homme" et maintes autres organisations de résistance incarnent le véritable Israël, l'avenir d'Israël. Ils méritent notre totale solidarité.

Pensez-vous que la morale a sa place dans les relations internationales, qui sont plutôt dictées par les intérêts économiques et géopolitiques ?



Jean Ziegler : Il n'y a pas le choix. Ou bien vous optez pour le développement et l'organisation normative ou bien vous choisissez la main invisible du marché, la violence du plus fort et l'arbitraire. Pouvoir féodal et justice sociale sont radicalement antinomiques.
"En avant vers nos racines", exige le marxiste allemand Ernst Bloch. Si nous ne restaurons pas de toute urgence les valeurs des Lumières, la République, le droit international, la civilisation telle que nous l'avons bâtie depuis deux cent cinquante ans en Europe vont être recouverts, engloutis par la jungle.

Depuis le départ des talibans, le Moyen-Orient et le monde arabo-musulman semblent parcourus par une vague de démocratisation plus ou moins spontanée (élections en Afghanistan, en Irak, en Palestine, ouverture de la présidentielle à d'autres candidats en Egypte…). Comment jugez-vous cela et pensez-vous que la démocratie puisse s'exporter dans ces pays ? Ou croyez-vous qu'ils sont condamnés à avoir des régimes despotiques ?



Jean Ziegler : Il ne s'agit pas "d'exporter la démocratie". Le désir d'autonomie, de démocratie, de souveraineté populaire est consubstantiel à l'être humain, quelle que soit la région du monde où il est né. Mon ami le grand sociologue syrien Bassam Tibi veut une existence en démocratie et y a droit. Or, depuis trente ans, il vit en Allemagne, en exil de la dictature effroyable qui sévit dans son pays. Elias Sambar, écrivain palestinien, un autre de mes amis, a droit à une Palestine libre et démocratique, non pas à une Palestine occupée, ni à une vie sous la férule d'islamistes obscurantistes. Tibi, Sambar et moi voulons la même chose et y avons droit : la démocratie. Le problème: la guerre froide, l'instrumentalisation des régimes en place par les grandes puissances, enfin la lâcheté des démocrates occidentaux, leur manque de solidarité active et réelle font que les tyrans du Moyen-Orient, d'Arabie Saoudite, d'Egypte, de Syrie, du Golfe, d'Iran ont pu durer jusqu'à aujourd'hui.


Gian Paolo Accardo

Le ton de l'homme est impressionnant. L'interview dans la chaîne de télévision TV5 se situe à une heure de grande audience.

Ecoutez ce que dit cet homme, lisez son livre diffusez son message. Il en va de votre avenir d'être humain :

29.04.2008

L'image très dégradée de la France en Afrique

Comme deux vieilles connaissances fatiguées l'une de l'autre, l'Afrique et la France ne se comprennent plus. Non seulement Paris perd pied sur le continent noir, mais son image se dégrade. Objet de débat depuis quelques années, cette réalité est désormais officiellement reconnue et préoccupe le sommet de l'Etat. Multiforme, le constat est dressé dans un ensemble de télégrammes rédigés à la demande du Quai d'Orsay à l'automne 2007 par 42 ambassadeurs en poste en Afrique, et dont Le Monde a pris connaissance. Pareil état des lieux tend à plaider en faveur de la "rupture" dans la politique de la France en Afrique promise par Nicolas Sarkozy. "Rupture" que des proches du président français semblent remettre en cause.

L'image de la France "oscille entre attirance et répulsion dans nos anciennes colonies, au gré du soutien politique ou des interventions, militaires notamment, dont ont fait l'objet ces pays", constate un télégramme de synthèse. "La France n'est plus la référence unique ni même primordiale en Afrique. Les Français ont du mal à l'admettre", ajoute un diplomate qui a participé à ce travail. A l'entendre, tout se passe comme si le temps s'était arrêté : les Africains "jugent la France à l'aune des travers du passé alors que Elf, c'est fini".

De leur côté, les Français ignorent que les Africains entrent dans la mondialisation "plus vite qu'on ne le croit" et sont désormais courtisés par tous les pays émergents (Chine, Inde, Brésil) et par les Etats-Unis. "Loin de la pensée misérabiliste, (...) les progrès accomplis par l'Afrique sont importants et largement sous-estimés par l'opinion et les observateurs", estime le document, élaboré pour tenter de remédier à l'effet désastreux produit par le discours de Nicolas Sarkozy à Dakar en juillet 2007.

Le soutien apporté par Paris à des potentats africains est l'une des composantes de ce désamour. La présence de bases militaires "alimente le fantasme d'une France qui n'agit qu'au profit de gouvernements iniques et pour des causes opaques", alors que la situation dans les pays en question (Gabon, Cameroun, Tchad et Congo) est plutôt meilleure que dans d'anciennes colonies britanniques, estiment les responsables français, qui citent le Zimbabwe. "On nous reproche à la fois de trop intervenir et de lâcher l'Afrique. Quoi qu'on fasse, on a tort", résume l'un d'eux. La voracité prêtée à la France en matière d'exploitation des ressources naturelles pèse aussi. Là encore, l'idée selon laquelle Paris tire toutes les ficelles dans ses ex- colonies relève du leurre, assurent les diplomates, puisque les principaux intérêts français se situent en Afrique anglophone. Le Nigeria et l'Afrique du Sud concentrent la moitié des échanges français avec le continent. L'Afrique ne pèse d'ailleurs que pour 0,5 % dans le commerce extérieur de la France, contre 40 % en 1957.

Les Africains francophones ont "l'impression d'être délaissés, voire de ne pas être payés en retour par une France en repli (immigration, visas, réduction de l'aide, traitement des anciens combattants)", assènent encore les télégrammes, pointant "le risque réel que les jeunes générations se détournent de la France". L'ennui est que la France n'a plus les moyens de ses ambitions. Son immense réseau de coopérants a presque disparu et elle ne maîtrise qu'un tiers du volume de son aide, le reste se partageant entre la réduction de la dette et l'aide distribuée via l'Union européenne. En conséquence, les réalisations françaises sont mal identifiées et moins visibles que les immenses stades ou palais des congrès construits par les Chinois. Certaines ambassades vont jusqu'à plaider pour une dé-communautarisation des budgets.

Le dépit africain se nourrit aussi du rejet d'une France "donneuse de leçons", insistent les diplomates, qui constatent aujourd'hui les "dégâts durables" produits par l'affaire de L'Arche de Zoé.

Un fossé s'est ainsi creusé entre Français et Africains. Les premiers voient les seconds comme "des gens pauvres parce que corrompus, à qui la France doit dire ce qu'ils doivent faire". En miroir, domine en Afrique la vision d'"une France frileuse, doutant de ses intérêts, méfiante à l'égard de la jeunesse africaine". Ce décalage se double d'une identification nouvelle facilitée par Internet, le portable et le satellite : "Quand les banlieues françaises flambent, la jeunesse d'Afrique se sent maltraitée."

Confrontée à cet inquiétant tableau, la France dispose d'atouts, notamment de sa langue, qui fait l'objet d'une "terrible demande", et d'une "connaissance irremplaçable du terrain". Paris doit "avouer ses intérêts en Afrique", liés aux enjeux du développement, de la sécurité et de l'économie, et négocier avec "des partenaires à part entière". "Nous devons cesser de traiter les pays francophones comme "nos Africains"", résume un diplomate.

La modestie et la sobriété nouvelles du discours prononcé par le président Sarkozy au Cap (Afrique du Sud), le 28 février, résulte directement du constat dressé par les diplomates. Là où, à Dakar, M. Sarkozy avait multiplié les mises en garde péremptoires, il a affirmé au Cap que "les Africains en ont assez de recevoir des leçons de morale" et annoncé la révision des accords de défense avec les Etats africains. Ce nouveau discours a été largement inspiré par la cellule diplomatique de l'Elysée et le Quai d'Orsay, alors que celui de Dakar était né de la plume d'Henri Guaino, conseiller spécial de M. Sarkozy.

Mais la querelle d'influence à propos du bien-fondé d'un aggiornamento de la politique française en Afrique n'est pas close pour autant. Le remplacement de Jean-Marie Bockel, secrétaire d'Etat à la coopération, coupable d'avoir mis en cause la gouvernance du Gabon et du Congo, pays "amis de la France", avait déjà reflété un retour aux vieux réflexes. Le choix de Libreville (Gabon), le 10 avril, comme première destination africaine par son successeur, Alain Joyandet, le confirme. Le chef de cette délégation venue clore en grande pompe la fâcherie franco-gabonaise dans le bureau du président Bongo n'était autre que Claude Guéant. Le secrétaire général de l'Elysée a ainsi confirmé sa préférence pour une gestion nettement plus classique des affaires africaines.

Philippe Bernard
source: Lemonde.fr

23.04.2008

Les policiers qui escortent les clandestins expulsés par avion bénéficient de "miles" de fidélité de la part des compagnies aériennes.

2f9969fe40d8459ae430e09e5b5466e1.jpgLes agents de police accompagnant les immigrés en situation irrégulière lors de leur expulsion par les airs bénéficient des "miles" accordés par les compagnies aériennes à leurs clients fidèles, a-t-on appris mercredi au ministère de l'Intérieur, confirmant une information du Canard enchaîné.
"Ce système n'est pas illégal", a-t-on souligné de même source, ajoutant qu'"avant même la parution de l'article, le ministère avait déjà envisagé de modifier sur ce point précis le prochain contrat" avec les transporteurs.
Sur quelque 23.000 expulsions par an, toutes ne se font pas en avion, et seul un tiers de celles réalisées par voie aérienne nécessite une escorte, de un à trois policiers, a-t-on précisé de même source, contestant les calculs du Canard enchaîné.
"A raison de 23.000 éloignements en 2007, selon le ministère de l'Intérieur, et sachant qu'en moyenne trois policiers accompagnent celui qui va être expulsé, voilà de quoi se constituer assez vite un joli stock de voyages gratuits sur le dos des clandestins", affirme le journal, qui cite des agents d'escale d'Air France à l'aéroport de Roissy-Charles de Gaulle.
"Sans compter que de nombreux flics bénéficient, du coup, du statut "Gold", réservé aux hommes d'affaires qui voyagent régulièrement aux frais de leur entreprise", ajoute l'hebdomadaire.
Contactée par l'AFP, Air France, qui transporte l'immense majorité des immigrés expulsés par avion, s'est refusée à tout commentaire.

En juillet 2007, plusieurs syndicats d'Air France-KLM et le Réseau éducation sans frontières (RESF) avaient tenté en vain de convaincre direction et actionnaires de la compagnie de refuser "l'utilisation des avions du groupe" pour ces expulsions.

source:Libération. fr (avec AFP)

22.04.2008

L’éloge des présidents africains dans les journaux de Bolloré

Pourquoi les journaux du groupe Bolloré écrivent-ils des articles élogieux sur des chefs d’État africains en oubliant dictatures et violations des droits de l’Homme ? « Bakchich » a posé la question à des journalistes du groupe du meilleur ami industriel de Nicolas Sarkozy…

Lagardère, Bouygues, Dassault, Arnaud, Bolloré : tous grands patrons français, et tous propriétaires de grands journaux français… Nos hommes d’affaires, nos bâtisseurs d’empires industriels seraient-ils pris au piège d’une nouvelle ambition : la rage d’informer ? D’enquêter ? D’éclairer le citoyen sur le monde ?

Jean-Luc Lagardère, qui avait la rare qualité de ne pas intervenir sur le contenu des journaux et médias de son groupe de presse, expliquait sans se cacher l’intérêt pour lui, homme d’affaires, à posséder des journaux : « Quand je demande rendez-vous à un ministre, il me reçoit dans les huit ou quinze jours qui suivent. Mais il suffit qu’on l’interviewe dans un studio d’Europe 1 pour que je puisse boire le café avec lui sans délai ! ». On comprend mieux.

Un outil pour fabriquer un président de la République
Francis Bouygues, Pierre Péan et Christophe Nick l’ont décrit dans leur bouquin L’Empire TF1, a été, lui, bien au-delà de cette petite ruse permettant de boire un petit noir avec ceux qui nous dirigent… Selon l’enquête des deux journalistes, la chaîne de télé a d’abord été conçue pour faire plaisir aux amis, le moyen de conquérir des marchés. Et, pourquoi pas, un outil pour fabriquer un futur président de la République.

Ce que Bouygues a tenté de faire avec Michel Noir mais a tourné au fiasco. LCI, l’autre chaîne de Bouygues, a elle été inventée pour remercier ou promouvoir les amis qui n’ont pas encore le niveau du 20 heures de TF1. Sur LCI on peut donc, sans choquer, présenter sous son meilleur jour un député qui monte, un expert qui dit les jolies choses qui conviennent. De la télé de proximité ! Et faute d’avoir inventé Sarko, Martin Bouygues est, lui, le parrain de Petit Louis, le dernier fils du président.

Vincent Bolloré, ce grand civilisateur de l’Afrique, a suivi le chemin de Bouygues. Ses médias, le journal gratuit Direct Matin ou sa chaîne de télé « Direct Huit » n’ont pas été lancés pour informer. Mais pour plaire aux amis. Ses médias sont une tête de gondole, un prix d’appel. Qu’un président africain, son client, débarque en France et il devient le héros de ses pages, de ses écrans. Pas grave que personne ne regarde ou ne lise, la vanité du client est comblée : il est passé à la télé !

Exemple ? Le 26 octobre 2007, le journal gratuit de Bolloré Matin-Plus, devenu récemment Direct Matin, couvrait d’une manière très particulière, unique, même, la visite à Paris du président camerounais Paul Biya, dont le pays ouvre grand les bras aux affaires de Vincent Bolloré. Pour découvrir comment, cliquez ici


Petite parenthèse pour finir d’illustrer l’usage que l’on peut faire d’un journal pour améliorer ses relations publiques avec des présidents africains. Quand je travaillais dans de grands journaux français que je ne citerai pas ici, j’ai vu des journalistes employés dans ces journaux mais qui pigeaient aussi chez Bolloré, se transformer pour ce dernier en attachés de presse. Ils essayaient de convaincre le titre pour lequel ils étaient payés au mois, de consacrer un sujet à l’immense Sassou Nguesso ou à l’incontournable Omar Bongo… Qui ne tente rien n’a rien.


source: bakchich

John Carlos : "C'était une erreur d'accorder les Jeux olympiques à la Chine"

f7b848fe249d93dbb0e6bdd0a22e46e2.jpgLa photo a fait le tour du monde. C'était il y a quarante ans, aux Jeux de Mexico. Avec son compatriote Tommie Smith, l'athlète noir américain John Carlos avait dressé un point ganté de noir vers le ciel sur le podium du 200m pour protester contre les discriminations raciales en cours dans son pays. A 62 ans, John Carlos n'a rien perdu de ses convictions.
Avant le passage de la flamme olympique à San Francisco, mercredi 9 avril, vous avez participé à un relais en défense des droits de l'homme. Pourquoi ?

J'ai participé à ce relais car je crois aux droits de l'homme. Le mérite de ces manifestations, à San Francisco, Paris ou Londres, est qu'elles permettent d'attirer l'attention de l'opinion sur les atrocités qui se passent au Tibet et au Darfour.

Pensez-vous qu'il faille arrêter le parcours de la flamme ?

Le parcours de flamme est devenu grotesque. Mais plus la flamme parcourt de pays, plus on donne au public la possibilité d'exprimer ses inquiétudes au sujet de la situation en Chine.

Estimez-vous que le Comité international olympique (CIO) a fait le bon choix en confiant les Jeux à Pékin ?


C'était une erreur d'accorder les Jeux olympiques à la Chine, en supposant qu'elle ferait des efforts en matière de droits de l'homme. Comment le CIO pouvait-il croire que ces promesses seraient tenues? Le CIO devrait choisir des pays qui méritent vraiment les Jeux. L'un des points principaux de la charte olympique est celui de la non-violence. Or comment peut-on parler de non-violence dans un environnement aussi violent? Le CIO aurait dû montrer un peu plus de fermeté envers le gouvernement chinois et exiger qu'il mette un terme aux hostilités contre les Tibétains avant de lui confier les Jeux. Il aurait dû regarder de plus près ce qui se passe au niveau des droits de l'homme et du citoyen en Chine au lieu de dire, maintenant que les Jeux arrivent : "Vous devriez mettre de l'ordre dans vos affaires."


Croyez-vous que des athlètes manifesteront à Pékin comme vous l'avez fait il y a quarante ans à Mexico ?


J'ignore s'il y aura un autre John Carlos ou un autre Tommie Smith. Ou, qui sait, un autre Mohammed Ali. C'est probable que quelqu'un osera faire une déclaration, mais ce n'est pas certain. C'est un choix très personnel. Les athlètes font beaucoup de sacrifices pour aller aux Jeux. Une fois sur le podium, ils ont la liberté de prendre leur propre décision, de faire ce que bon leur semble. Je ne me permets pas de donner des conseils. Simplement, chacun devrait faire ce qu'il pense devoir faire.

Le Comité olympique français vient d'interdire aux athlètes français d'arborer le badge "Pour un monde meilleur" pendant les Jeux.

Le CIO devrait clairement définir ce qui relève de l'ordre politique et de celui des droits de l'homme. A Mexico, j'ai porté pendant toute la durée des Jeux un badge sur lequel était inscrit : "Projet olympique pour les droits de l'homme". Et puis, cela a été transformé en message politique.
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Peut-on établir un parallèle entre Pékin 2008 et Mexico 1968 ?


Effectivement. Mais ce parallèle ne concerne pas seulement les JO. En 1968, c'était la guerre du Vietnam, aujourd'hui, c'est en Irak. En 1968, il y avait Robert Kennedy, et aujourd'hui, nous avons Barack Obama. Et comme hier, nous sommes très inquiets de ce qui va se passer à la convention du Parti démocrate. En 1968, 350 personnes sont mortes à Mexico, assassinées [dix jours avant le début des JO]. Et c'était passé quasi inaperçu. Nous voilà, quarante ans plus tard, dans la même situation. Et les organisateurs des JO ne prennent pas cette situation au sérieux.

Êtes-vous favorable à un boycottage des Jeux ?

Je ne crois pas à un boycottage des JO. Car ce sont les athlètes qui en seront les victimes, blessés à vie à cause de leurs carrières brisées. Je me souviens de participants en 1968 qui, aujourd'hui encore, n'ont toujours pas surmonté la menace d'un boycottage des JO de Mexico ou de celui, effectif, contre l'Union Soviétique, en 1980.

Un boycottage de la cérémonie d'ouverture vous paraît-il une meilleure solution ?

Cela serait un compromis parfait. Imaginez le scénario : aucun athlète à la cérémonie d'ouverture, aucun levé de drapeau! Si 280nations refusaient de participer à la cérémonie d'ouverture, cela enverrait un message très clair au gouvernement chinois qui se demanderait peut-être enfin s'il ne vaudrait pas mieux reconsidérer la situation et entamer un dialogue avec le CIO et les gouvernements.

Si vous étiez athlète, aujourd'hui, et sélectionné pour Pékin, quelle serait votre attitude ?

Si j'étais athlète aujourd'hui, je saurais être imaginatif et ferais une déclaration pour dire que je n'approuve pas ce qui se passe. Lorsque vous faites ce type de déclaration publique, vous envoyez partout dans le monde un message de courage.

Pensez-vous qu'en 2008 les athlètes sont aussi engagés que vous l'étiez en 1968 ?

En 1968, les athlètes étaient beaucoup plus mûrs, plus engagés et plus informés. Je doute que les athlètes actuels soient aussi impliqués que ceux des années 1960. Aujourd'hui, ils s'intéressent davantage à ce qui brille et à la célébrité. Ils sont aveuglés par cette quête de gloire et d'argent et ignorent, pour la plupart, la réalité de la vie. De ce point de vue, les choses ont bien changé.

Propos recueillis par Stéphane Mandard
source/ lemonde.fr

21.04.2008

La Martinique rend un hommage exceptionnel au rebelle césaire

"Bien sûr qu'il va mourir, le rebelle...": la poésie d'Aimé Césaire a retenti dimanche à Fort-de-France (Martinique) lors des obsèques nationales du père de la "négritude", en présence de milliers de Martiniquais.
Parmi les fleurs vertes et roses de balisier, les familles, souvent vêtues de blanc, étaient venues dire dans l'après-midi "Merci Aimé". "C'est le père assisté de ses enfants et petits-enfants", confiaient certains.
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Pendant plus d'une heure, sous le soleil, les Martiniquais se sont retrouvés dans l'émotion, la gratitude et la ferveur, pour cet hommage exceptionnel dans le stade de Dillon, au centre duquel était exposé le cercueil. Un hommage national qui n'avait jusque-là été rendu qu'à trois écrivains, Victor Hugo, Paul Valéry et Colette.
Ce sont les "mots de sang frais" de l'auteur du "Cahier d'un retour au pays natal" qui ont résonné par les bouches de comédiens antillais et africains.

Une plaque de céramique portant le nom d'"Aimé Césaire (1913-2008)" et les mots "Liberté, identité, responsabilité, fraternité", avait été posée sur le fauteuil destiné au président de la République.
Des délégations officielles africaines et des Caraïbes avaient fait le voyage pour rendre un dernier hommage au poète rebelle.

"C'était le meilleur des fils de la Martinique", a lancé un des plus proches compagnons de Césaire, Pierre Aliker, 101 ans. Très ému, il a raconté le combat contre la colonisation et le racisme du député de l'île (1945-1993) et maire de Fort-de-France (1945-2001) pendant un demi-siècle.

Né en 1913 à Basse-Pointe, dans le nord de l'île, intellectuel brillant, Césaire a forgé dans les années 1930 avec le Sénégalais Léopold Sédar Senghor et le Guyanais Léon-Gontran Damas, le concept de "négritude" - la conscience et la fierté d'être noir - et influencé plusieurs générations d'écrivains et de militants dans le monde.
La cérémonie s'est achevée dans l'émotion partagée de plusieurs milliers de personnes. Pendant près d'un quart d'heure, le public a applaudi le départ du cercueil, aux cris de "Béïa pour Césaire" (vive Césaire).
Un peu plus tard, le "nègre fondamental" devait retrouver sa terre au cimetière de la Joyaux.
Sur sa tombe, des mots choisis par "Aimé" lui-même, tirés de son "Calendrier lagunaire":

"La pression atmosphérique ou plutôt l'historique

Agrandit démesurément mes maux

Même si elle rend somptueux certains de mes mots".

source: AFP

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